mercredi, août 16, 2006

En eaux troubles ... (Chronique subaquatique de Gasp !)

Ni Hao, bande de cornichons !

Nous avons aujourd’hui vécu nos deux premières plongées vanuataises, et si la première (Cathedrals) fut froide, brumeuse et globalement vide de toute bizarrerie valant la peine d’être mentionnée, la seconde (Panko drift) fut mémorablement et frèresquement joyeuse.
Comme au cours de l’écrasante majorité des plongées auxquelles j’ai participé dans ma courte vie, je regardais hagardement ma famille chérie virevolter avec grâce (sauf un membre de ladite famille dont je tairais l’identité pour ne pas la froisser [erf !] qui semblait plus avoir affaire à des sables mouvants qu’à de l’eau et luttait férocement contre l’ennemi granuleux en pédalant frénétiquement et inefficacement dans tous les sens et ... euh ... fermons la parenthèse), bref, je bullais férocement lorsque Papa, remarquant que mon habituelle inactivité m’avait laissé à une trentaine de mètres du groupe, nous ordonna, à mon grand frère adoré et à moi, de ne plus nous éloigner trop l’un de l’autre.
Me voyant dès lors dans l’impossibilité de garder mon rythme d’escargot lépreux, arthritique et malvoyant, je décidais de venir m’arrimer au grand frère dans le but avoué qu’il me traîne sur le reste de la plongée, et imitant avec un talent mimétique déconcertant l’ancestrale technique secrète et poulpesque connue sous le nom de l’ « ultime uhu tentaculaire », je venais m’appendicer à la bouteille du Jérémie !
Il faut là me permettre de faire une parenthèse (fort inutile par ailleurs pour l’avancement du récit) d’ordre ornithologique au sujet de l’extraordinaire créature sous-marine qu’est le Jérémie. Le Jérémie, voyez-vous, semble avoir été créé pour la flottaison bullaire sub-surfaceam de longue durée. Sa consommation d’air reste ridicule en toute circonstance (conséquence de son cycle de respiration incroyablement lent et régulier), ses puissants muscles postérieurs (le foot !) lui assurent une propulsion tout simplement monstrueuse, son sens de l’équilibre enfin, ainsi que sa sveltesse, l’aérodynamisme de sa chevelure flamboyante, son regard perçant, sa naissance quasi-aquatique (puisqu’ainsi que la légende le raconte, il aurait su nager avant de savoir marcher !), sa parfaite connaissance du matériel, son amitié avec Neptune (qui lui a trouvé le bon goût de naître poisson) et sa connaissance des us et coutumes pescalines lui permettent de se mouvoir sans le moindre effort en milieu aqueux ..
... Et cela, même avec 75 kg de légume bavant sur le dos ! Voila donc-t-il pas que nous, monstre amphibie et éclatant concombre géant, partons dévaster pis qu’El niño les fonds marins. Rapide comme le condor guatémaltèque, Jérémie laissa sur place un père béat (une visite à l’aquarium de Sydney nous avait précédemment appris que la vue d’une créature marine, qu’elle soit dans un bocal ou devant son masque [ou à la poissonnerie ?], sortant un tant soit peu de l’ordinaire le mettait invariablement dans cet état), une mère blasée (car étant capable de repérer en un quart d’heure toutes les merveilles d’un bloc de corail d’un kilomètre cube, elle avait eu son content d’incroyable) et un dive master au bord de la crise de nerf (cet honorable homme d’un honorable âge ayant arrêté momentanément son honorable carrière d’honorable businessman pour trouver un peu de repos [bien mérité] dans les Antilles du pacifique n’était pas encore un dive master suffisamment expérimenté pour gérer une palanquée composée d’un plongeur farouchement indépendant [papa seul décide de la direction qu’il veut prendre !], d’une inépuisable girouette découvrant tous les trois mètres une nouvelle mine d’or, et d’une démoniaque fratrie visiblement sous LSD) avant de foncer tête baissée et bras écartés dans un labyrinthe de corail feu digne des lignes de défense de l’Etoile Noire ! R2-D2 avant-gardiste, admiratif et confiant, je contemplais le paysage défiler et laissais la torpeur m’envahir de nouveau lorsque mon Luke commença à se débattre.
L’Etoile Noire s’éloignait ! Et Jérémie frétillait comme une anguille électrique sous défibrillateur ! Une analyse rapide de la situation me fit comprendre que l’ennemi était vaincu, que la bombe avait été larguée, et Luke fêtait son triomphe ! Bien sûr.
Cependant, l’attitude dudit Luke finit par me faire redescendre sur Terre (et même un peu plus bas !) : Jérémie n’avait pas largué de bombes sur Dark Vador : il avait (sans doute par l’action d’un malheureux mouvement de mes enserrantes jambes) largué sa ceinture de plomb sur un massif de corail et nous remontions vers la surface à une vitesse qui nous aurait indubitablement permis d’aller jusqu’à rendre une petite visite à St-Pierre si Jérémie n’avait ressenti le besoin pressant de pédaler ferme vers Pluton. Je le libérai et mis ma meilleure volonté à le gêner tandis qu’il récupérait sa bouée négative (bow !). Et l’incident fut clos.
Vraiment ?
Vraiment ?
Eh bien non ! HAHA ! Car Jérémie était blessé. Ce qu’il s’empressa de me montrer. Après quoi, il sembla réfléchir un instant, puis attira de nouveau mon attention. S’en suivit le suivant et apesanteuresque échange :
- Jérémie, montrant sa plaie à la main (un jolie petit trait vert [le rouge ne passe plus à vingt mètres sous l’eau]) puis dessinant un rond, entre son pouce et son index droit, qu’il entoure de plein de petits ronds, avec la main gauche, puis faisant un 5, puis un 4 : « … »
- Gaspard, haussant un sourcil et remuant une cheville engourdie : « … »
- Jérémie, répétant l’opération à l’identique sauf qu’il pointa la surface d’un doigt tandis qu’il dessinait le grand cercle : « … »
- Gaspard : « … »
- Jérémie, pointant désormais son doigt sur l’abruti petit frère, le regarde avec insistance : « … »
- Gaspard, songeant avec joie « ah ! Ça, je comprends ! Il veut savoir si je pige ! », hausse les épaules calmement, affiche un air perturbé, et secoue la tête de droite à gauche : « … » !
- Jérémie se retourne un instant, se prend le menton en main, se gratte la tête ... Il réfléchit ! Il trouve !! Demi-tour derechef ! Il recommence les mêmes gestes, plus rapidement, et passe à la suite : il positionne ses deux mains l’une en face de l’autre, doigts à moitié pliés, et se met à gesticuler violemment, contractant et décontractant ses petits doigts bleus à plusieurs reprises. C’en était trop ! Non seulement, je n’avais pas la moindre idée de ce que mon frère pouvait bien me raconter, mais, de surcroît, la mine réjouie de ce Mimi devant ses nouveaux signes (sûrement les jugeait-il limpides !) est impayable ... J’explose de rire. Mimi suit !
C’est la catastrophe ! Suis rapidement dans une situation critique : incapable de contrôler mes zygomatiques, mon détendeur et mon masque sont rapidement remplis d’eau !! Mimi est sans doute dans une situation similaire, mais je ne saurais le dire : peux pas ouvrir les yeux sans me les brûler méchamment. Me crois sentir monter, crains pour ma vie, vide mon gilet, m’écrase au fond, m’inquiète (mais le rire gagne !), tente vainement de respirer, bois la tasse, recrache tout (à moitié par le nez..), ris de plus belle, aperçois un Mimi qui commence à se contrôler à grand peine, l’emmène avec allégresse dans une nouvelle explosion mortelle, re-bois la tasse. Une minute et une moitié de bouteille plus tard, le drame est maîtrisé, et la communication avance. Le gros rond est le soleil ! Et ce qui l’entoure ... les étoiles ? Jérémie, dépité, secoue la tête. Il refait le 5 et le 4 ... 9 ! Les neufs planètes ! J’ai pigé, mais Jérémie ne l’a pas vu et entreprend un nouveau mime : il s’éloigne et montre qu’il décrit le premier des neufs objets. Il prend une pose féminine. Pigé ! C’est Vénus. Jérémie, fort de son succès, enchaîne hardiment, et s’enfonce illusoirement un .. quelque chose .. dans le .. euh ... dans le fondement ! Perturbé, je crois comprendre tout de même : influencé par la féminité de Vénus, Jérémie lui dépeint un Poséidon homosexuel s’octroyant lui-même son trident ! Ai pas plus le temps de me rendre compte de mon erreur (Poséidon est Neptune, et non Mercure) que Jérémie n’en a eu pour finir son explication (car c’était une prise de température, et non un geste d’une perversité atroce, qu’il mimait) que le fou rire revient, dévastateur ! La récupération prend cette fois un peu moins de temps, si bien qu’avant la fin de la plongée, Jérémie a réussi à m’expliquer qu’il est Mars tandis que je suis la Terre (du moins, c’est ainsi que je l’interprète ...).

L’explication véritable de tout ceci ne vint qu’à la sortie de l’eau. Elle était fort simple : Jérémie, ayant saigné sous l’eau, avait saigné vert ! Ce qui faisait de lui, non pas Mars, mais un martien ... martien qu’il comparait à un terrien comme un autre : son frère !
Allez donc expliquer ça sous l’eau ...

Un dernier fou rire frappa le bateau quand Jérémie avoua avoir tenté plus tôt durant cette même plongée d’expliquer à Papa qu’il pensait que la dernière crevette qu’ils avaient vue était sans doute en train de muer. Papa n’a jamais compris ce qu’il mimait, et pour cause … Essayez, pour voir !

A pluche les cornichons ! Merci d’avoir tout lu ^^

G

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Ah ben vous comprenez maintenant, quand je dis que parfois il a du mal à s'exprimer...

Anonyme a dit…

Ecris Gasp, tu as vraiment du talent !!!
Tatach

Anonyme a dit…

Bon sang mais c'est bien sûr ! En fait, la fratrie s'inverse sous l'eau : C'est Jérémie le délirant incompréhensible et Gaspard qui hallucine. Il suffisait d'y penser.

Wounded Knee

Anonyme a dit…

Poke69, c'est pas clair ton histoire de ricard, de cuisine en haut (enfin, si, ça je sais, mais généralement c'est en bas que ça se passe), et de fin assurée !!! Apparemment, les ressources en ricard n'étaient pas épuisées.
Tatach'
PS : Entre Gasparou qui fume la moquette, Claire qui raccole (il faut lire les jours suivants), Jérémie qui flotte au ralenti cheveux ondulants, Patrick qui frime avec ses photos (il faut lire les jours suivants, Poke69 qui vide le ricard, K'reine qui se barricade après avoir (elle ne le dit pas) participé à une rave à Berchère (il faut lire les jours suivants et tous les commentaires), elle va où la famille ? Sans parler de ceux dont on ne parle pas ...